Une prothèse est un dispositif artificiel qui remplace, en tout ou en partie, un membre, une articulation, une dent ou une fonction du corps devenue absente ou défaillante. Elle peut être interne, posée lors d’une chirurgie (prothèse de hanche, de genou), ou externe et retirable (prothèse de jambe, dentier, aide auditive). Son but est de restaurer une fonction comme marcher, mâcher ou entendre, et d’améliorer la qualité de vie grâce à un appareillage adapté à chaque patient.
Derrière ce mot unique se cachent des dispositifs très éloignés les uns des autres : un implant en titane ancré dans le fémur n’a presque rien en commun avec un bridge en céramique ou un pied en fibre de carbone. Ce guide clarifie le vocabulaire, compare les grandes familles, détaille les indications et décrit le parcours de prise en charge, du diagnostic à la rééducation. Il s’adresse aux patients qui préparent une décision comme aux professionnels de santé et aux équipes de clinique chargés de l’expliquer.
Prothèse : définition médicale et origine du terme
Le mot vient du grec prosthesis, « action d’ajouter, de placer devant ». En médecine, il désigne une pièce ou un appareil conçu pour reproduire la forme, la fonction ou l’aspect d’une partie du corps altérée ou manquante. Le dictionnaire de l’Académie de médecine élargit la notion à l’ensemble des techniques de conception, de fabrication et d’adaptation de ces appareils, notamment en odontologie.
Deux grandes catégories structurent le domaine. La prothèse interne, ou endoprothèse, est implantée dans l’organisme par une intervention chirurgicale : c’est le cas des prothèses articulaires. La prothèse externe reste à l’extérieur du corps et peut généralement être retirée : prothèse de membre, prothèse dentaire amovible, épithèse du visage.
L’histoire de la discipline est ancienne. Ambroise Paré décrivait déjà au XVIe siècle des mains et des jambes articulées. La Grande Guerre a ensuite accéléré la chirurgie réparatrice et la prothèse maxillo-faciale, face aux milliers de soldats défigurés que l’on a appelés les « gueules cassées ». Les progrès des alliages métalliques, du polyéthylène puis de la céramique ont rendu possible, à partir des années 1960, l’arthroplastie moderne de la hanche.
Les principaux types de prothèses et ce qu’ils remplacent
Le tableau ci-dessous résume les cinq grandes familles de prothèses rencontrées en pratique, avec le professionnel qui en assure habituellement la prescription ou l’adaptation.
| Famille | Ce qu’elle remplace | Exemples | Professionnels impliqués |
|---|---|---|---|
| Prothèse articulaire | Une articulation usée, déformée ou fracturée | Prothèse totale de hanche (PTH), prothèse totale de genou (PTG), prothèse unicompartimentale, prothèse d’épaule | Chirurgien orthopédiste, kinésithérapeute |
| Prothèse dentaire | Une ou plusieurs dents, parfois toute une arcade | Couronne, bridge, prothèse amovible partielle ou complète, prothèse sur implants | Chirurgien-dentiste, prothésiste dentaire |
| Prothèse auditive | Une partie de la fonction d’audition, par amplification | Contour d’oreille, appareil intra-auriculaire | Médecin ORL, audioprothésiste |
| Prothèse de membre | Tout ou partie d’un bras ou d’une jambe | Prothèse tibiale ou fémorale, genou électronique, main myoélectrique | Médecin de médecine physique et de réadaptation, orthoprothésiste |
| Prothèse maxillo-faciale et reconstructrice | Une partie du visage ou un organe retiré | Épithèse de nez ou d’oreille, prothèse oculaire, prothèse mammaire | Chirurgien maxillo-facial ou plasticien, épithésiste, oculariste |
Prothèse articulaire : hanche, genou et épaule
La prothèse articulaire remplace les surfaces abîmées d’une articulation par des pièces artificielles qui glissent l’une sur l’autre. On parle d’arthroplastie. Une prothèse de hanche associe ainsi une tige fémorale, une tête sphérique et une cupule fixée dans le bassin. Les composants associent des alliages métalliques (titane, cobalt-chrome), du polyéthylène et parfois de la céramique : c’est le « couple de frottement », choisi selon l’âge, l’activité et la morphologie du patient. La fixation peut être cimentée ou obtenue par repousse osseuse sur un revêtement spécifique.
Le remplacement peut être total ou partiel. Au genou, la prothèse unicompartimentale ne traite qu’un seul compartiment usé et préserve les ligaments sains. À la hanche, la prothèse intermédiaire (PIH) ne remplace que la partie fémorale : elle est souvent utilisée après une fracture du col du fémur chez une personne âgée. La prothèse totale de hanche figure parmi les interventions orthopédiques les plus pratiquées en France, avec plus de cent mille poses chaque année.
Prothèse dentaire : fixe, amovible ou sur implant
La prothèse dentaire restaure une dent abîmée ou remplace une dent absente. Elle est dite fixe lorsqu’elle est scellée ou vissée et ne peut pas être retirée par le patient (couronne, bridge), amovible lorsqu’il peut l’enlever (stellite, prothèse complète en résine). Entre les deux, la prothèse sur implants s’appuie sur des racines artificielles en titane posées dans l’os de la mâchoire. Une prothèse provisoire précède souvent la prothèse définitive, le temps que la gencive et l’os cicatrisent.
Prothèse auditive : amplifier plutôt que remplacer
L’expression « prothèse auditive » est entrée dans l’usage, mais les professionnels parlent de plus en plus d’aide auditive. L’appareil ne remplace pas l’oreille : il capte les sons, les traite numériquement et les amplifie selon le profil de perte mesuré lors de l’audiogramme. Il s’adresse surtout aux surdités de perception légères à sévères, dont la presbyacousie liée à l’âge.
Prothèse de membre : emboîture, membre résiduel et appareillage
Après une amputation ou en cas d’absence congénitale d’un membre, la prothèse externe se fixe sur le membre résiduel grâce à une emboîture moulée sur mesure, souvent associée à un manchon en silicone. Les composants vont du simple pied dynamique au genou piloté par microprocesseur. L’orthoprothésiste conçoit, fabrique et ajuste l’appareil, en lien avec l’équipe de rééducation.
Prothèse, orthèse, endoprothèse, implant : ne pas confondre
Ces termes voisins sont souvent mélangés, y compris dans les échanges entre patients et soignants. Leur distinction repose sur une question simple : le dispositif remplace-t-il, soutient-il ou sert-il de support ?
| Terme | Rôle | Exemples |
|---|---|---|
| Prothèse | Remplace une partie du corps ou une fonction absente | Prothèse de hanche, prothèse de jambe, couronne dentaire |
| Orthèse | Soutient, stabilise ou corrige un segment du corps qui existe toujours | Attelle, genouillère articulée, corset, semelles orthopédiques |
| Endoprothèse | Prothèse placée à l’intérieur du corps ; le terme désigne aussi le stent vasculaire | Prothèse articulaire, endoprothèse coronaire ou aortique |
| Implant | Dispositif implanté, qui peut servir d’ancrage à une prothèse | Implant dentaire, implant cochléaire |
| Épithèse | Prothèse externe à visée surtout esthétique, collée ou fixée sur la peau | Nez, oreille ou doigt en silicone |
Dans quels cas une prothèse est-elle indiquée ?
Le besoin de prothèse naît toujours d’une perte : perte de cartilage, de dent, d’audition ou de membre. Les situations les plus fréquentes sont les suivantes :
- Usure articulaire avancée : l’arthrose de hanche ou de genou provoque douleur, raideur et boiterie. Lorsque les traitements médicaux, la kinésithérapie et les infiltrations ne suffisent plus, l’arthroplastie devient une option.
- Traumatisme : fracture du col du fémur, accident de la route ou blessure grave pouvant conduire à une amputation.
- Maladies inflammatoires ou osseuses : polyarthrite rhumatoïde, ostéonécrose de la tête fémorale, certaines tumeurs.
- Perte dentaire : carie étendue, maladie parodontale, choc sur les dents.
- Baisse de l’audition : vieillissement de l’oreille interne, exposition prolongée au bruit.
- Maladies vasculaires : l’artériopathie des membres inférieurs, souvent liée au diabète ou au tabac, reste la première cause d’amputation dans les pays occidentaux.
- Malformation congénitale : absence partielle d’un membre à la naissance, nécessitant un appareillage qui évolue avec la croissance de l’enfant.
- Chirurgie carcinologique : reconstruction après l’ablation d’un sein, d’un œil ou d’une partie du visage.
L’imagerie ne décide jamais seule. Une radiographie très dégradée chez un patient peu gêné n’impose pas d’opérer, alors qu’une douleur invalidante qui empêche de dormir ou de marcher peut justifier une prothèse plus tôt. Le praticien pèse le retentissement sur la vie quotidienne, l’état de santé général, les attentes du patient et le rapport bénéfice/risque de l’intervention.
Les étapes de la pose d’une prothèse
Le parcours varie selon la famille de prothèse, mais suit une logique commune en cinq temps.
- Diagnostic et bilan : examen clinique, imagerie (radiographie, scanner), audiogramme ou bilan bucco-dentaire selon le cas.
- Choix du dispositif et information : le praticien présente les options, leurs bénéfices, leurs limites et les risques, puis recueille le consentement éclairé du patient. Un devis est remis lorsque le soin comporte un reste à charge.
- Préparation : consultation d’anesthésie et bilan préopératoire pour une chirurgie, prise d’empreintes pour une prothèse dentaire, moulage du membre résiduel pour une emboîture.
- Mise en place : intervention d’une à deux heures environ pour une prothèse de hanche ou de genou, plusieurs rendez-vous pour une prothèse dentaire, séances de réglage pour une aide auditive, prothèse provisoire puis définitive pour un membre.
- Adaptation et suivi : rééducation, ajustements, contrôles réguliers et, pour les implants, remise d’une carte d’implant qui identifie le dispositif posé.
Pour une prothèse articulaire, de nombreux établissements appliquent aujourd’hui un protocole de récupération améliorée après chirurgie (RAAC) : préparation du patient en amont, anesthésie adaptée, lever précoce et durée d’hospitalisation réduite, parfois en ambulatoire.
Récupération et rééducation après une prothèse
La rééducation post-opératoire conditionne une large part du résultat. Après une prothèse de hanche, le patient se lève en général le jour même ou le lendemain et marche avec des cannes pendant quelques semaines. La prothèse de genou demande souvent une rééducation plus longue et plus exigeante pour retrouver une bonne flexion. Dans les deux cas, la récupération se poursuit plusieurs mois, et ces délais restent indicatifs : ils dépendent de l’âge, de la condition physique et des éventuelles complications.
Pour une prothèse de membre inférieur, l’apprentissage de la marche se fait le plus souvent en centre de médecine physique et de réadaptation. Il faut d’abord préparer le membre résiduel (cicatrisation, réduction de l’œdème, renforcement musculaire), puis apprivoiser l’appareil, gérer l’équilibre et les escaliers.
Les prothèses dentaires et auditives demandent elles aussi un temps d’adaptation. Mastiquer et parler avec un nouvel appareil amovible prend quelques semaines. Avec une aide auditive, le cerveau doit réapprendre à trier des sons qu’il ne percevait plus, d’où l’intérêt de séances de réglage progressives chez l’audioprothésiste. Le bénéfice attendu, dans chaque cas, porte sur la douleur, l’autonomie et la participation à la vie sociale.
Coût et remboursement d’une prothèse en France
La prise en charge dépend fortement du type de prothèse. Pour les prothèses articulaires et les prothèses de membre, les dispositifs inscrits sur la liste des produits et prestations remboursables (LPP) sont pris en charge par l’Assurance Maladie sur prescription. Le reste à charge éventuel tient au forfait hospitalier, aux dépassements d’honoraires pratiqués par certains praticiens et aux options de confort ; la complémentaire santé couvre tout ou partie de ces frais selon le contrat.
Pour les prothèses dentaires et les aides auditives, la réforme 100 % Santé, déployée entre 2019 et 2021, a créé un panier sans reste à charge pour les patients disposant d’un contrat de complémentaire responsable. En dentaire, il concerne certaines couronnes, bridges et prothèses amovibles selon le matériau et la position de la dent ; d’autres paniers, à tarifs maîtrisés ou libres, laissent un reste à charge. L’implant dentaire lui-même n’est généralement pas remboursé par l’Assurance Maladie, certaines mutuelles prévoyant un forfait. Pour l’audition, les appareils de classe I sont intégralement pris en charge, avec un renouvellement possible tous les quatre ans. Dans tous les cas, demander un devis détaillé avant de s’engager reste le meilleur réflexe.
Complications, durée de vie et surveillance des prothèses
Une prothèse reste un dispositif médical, avec des risques à connaître sans les dramatiser. Pour les prothèses articulaires, les principales complications sont l’infection, la luxation (surtout à la hanche), la phlébite, l’usure des composants et le descellement de l’implant, qui peut nécessiter une reprise chirurgicale. Une prothèse de hanche reste fonctionnelle de nombreuses années, souvent quinze à vingt ans ou davantage, sans garantie à vie pour autant. Côté dentaire, on surveille la fracture de la céramique et la péri-implantite ; côté membre, les irritations cutanées liées à l’emboîture et les douleurs du membre fantôme.
Pour les établissements de santé, ce sujet est aussi organisationnel. La traçabilité des dispositifs médicaux implantables est obligatoire, la carte d’implant doit être remise au patient, et tout incident doit être déclaré au titre de la matériovigilance. L’ANSM surveille spécifiquement les prothèses de hanche depuis les difficultés rencontrées avec certains couples métal-métal. Une gestion rigoureuse des références posées permet de rappeler rapidement les patients concernés si un lot fait l’objet d’une alerte.
Vivre avec une prothèse : réponses aux interrogations courantes
Peut-on passer un portique d’aéroport avec une prothèse de hanche ?
Oui. Le métal d’une prothèse articulaire peut déclencher le détecteur, ce qui entraîne en général une simple palpation ou un contrôle complémentaire. Présenter la carte d’implant remise après l’intervention facilite les échanges avec les agents de sûreté.
Une IRM est-elle possible quand on porte une prothèse ?
Dans la grande majorité des cas, les prothèses orthopédiques actuelles sont compatibles avec l’IRM, au prix parfois d’artefacts sur les images proches de l’implant. Il faut toujours signaler la prothèse au manipulateur et au radiologue, qui vérifient la référence du dispositif avant l’examen.
Quelle différence entre une prothèse auditive et un implant cochléaire ?
La prothèse auditive est un appareil externe qui amplifie les sons pour une oreille interne encore capable de les transmettre. L’implant cochléaire est posé chirurgicalement et stimule directement le nerf auditif : il est réservé aux surdités sévères à profondes, lorsque l’amplification ne suffit plus.
Existe-t-il un âge minimum pour une prothèse de hanche ou de genou ?
Il n’existe pas de limite d’âge stricte. La décision repose sur la douleur, le retentissement fonctionnel, l’état de l’articulation et l’échec des traitements conservateurs. Chez un patient jeune, le chirurgien tient compte de la durée de vie de l’implant et de la probabilité d’une reprise plus tard.
Faut-il retirer sa prothèse dentaire amovible la nuit ?
Le plus souvent, le chirurgien-dentiste conseille de la retirer pour laisser reposer les gencives et de la nettoyer soigneusement avant de la ranger au sec ou dans une boîte adaptée. La consigne peut varier selon le type d’appareil et l’état de la bouche : celle du praticien prime.
Peut-on reprendre le sport avec une prothèse articulaire ?
Oui, et l’activité physique est même encouragée une fois la rééducation terminée. Marche, vélo, natation ou golf sont généralement bien tolérés. Les sports à impacts répétés ou à risque de chute se discutent au cas par cas avec le chirurgien, car ils sollicitent davantage l’implant.


